Transition numérique écologique : réconcilier deux concepts pour un développement numérique durable

Par Camille CHABAS

J’ai eu la chance de faire mon stage dans le cadre du projet Chemin de transition, à l’université de Montréal sous la direction de Mélanie McDonald et Martin Déron. Chemin de Transition est un projet qui a pour but de stimuler les liens entre les activités de recherche et d’enseignement, de proposer des perspectives de réflexion originales et de développer de grands projets interdisciplinaires fédérateurs qui répondent aux enjeux de la société actuelle dans différents domaines (énergie, nouveaux matériaux, santé publique, microbiologie, bien-être animal, biodiversité, aménagement) afin de stimuler tant l’enseignement que la recherche.

Comme son nom l’indique, Chemin de transition porte sa réflexion sur les voies de transition vers une société plus juste et plus durable, à l’heure de l’urgence climatique et environnementale. Prendre la pleine mesure de nos impacts est essentiel aujourd’hui afin de corriger les processus industriels les plus polluants et développer les outils de mesure de ces impacts est une étape essentielle. Comme le disait Lord Kelvin, « On ne peut pas gérer quelque chose que l’on ne mesure pas, et seul ce qui est mesuré est mis en œuvre. La mesure est l’antidote à l’ambiguïté, elle oblige à être clair sur des concepts vagues et elle oblige à agir ».   

La réflexion au sein du projet Chemin de transition s’articule selon trois grands axes de recherche: Territoire, Alimentation et Numérique. Mon stage a eu lieu au sein de l’équipe numérique, et consistait essentiellement à collecter des données pour évaluer et chiffrer les axes de transition numériques tout en respectant les défis de la transition environnementale, mais aussi à évaluer les défis spécifiquement liés à cette double transition. Ce stage a également consisté à collecter des données générales sur l’état du numérique au Québec aujourd’hui, et à répertorier les initiatives inspirantes de transition numériques et écologiques qui existent. La situation sanitaire fait que je n’ai jamais pu rencontrer mes collègues IRL, mais malgré un contexte compliqué, j’ai beaucoup appris durant ce stage.

Le numérique est un extraordinaire outil de collaboration planétaire qui devrait avoir un impact profond sur le contenu des politiques publiques en matière d’environnement. Il est utilisé pour optimiser les systèmes existants et doit être utilisé pour produire des données qui nous permettrons de faire de meilleures analyses et de quantifier les impacts des chemins que nous souhaitons emprunter.

La quantification des impacts aujourd’hui reste extrêmement hasardeuse, la multiplicité des indicateurs pertinents (électricité, énergie primaire, carbone, eau, matière première etc.) complique l’interprétation des résultats. La seule façon de quantifier de façon pertinente un impact environnemental, c’est à travers une analyse de cycle de vie multicritères qui nécessite de recenser l’ensemble des équipements produits et de collecter leurs facteurs d’impact et cela nécessite un travail de fourmi sur le long terme. Certains experts pensent que chiffrer l’impact du numérique est impossible (Anders Andrae, chercheur au centre R&D de Huawei à Stockholm en Suède par exemple), le manque de culture commune entre les acteurs du numérique et ceux de l’écologie, limite encore la capacité du numérique à contribuer à une action publique volontariste en matière écologique. Les stratégies publiques de protection de l’environnement utilisent peu les leviers numériques.

Au-delà de la participation citoyenne, le numérique favorise également la multiplication et l’interrelation d’acteurs en position de contribuer, par leurs initiatives, à la poursuite d’objectifs collectifs en matière écologique : citoyens et collectifs, start-up, grands opérateurs mondiaux…

Le numérique n’est pas intrinsèquement bon ou mauvais, mais il faut clairement travailler à la réduction de son empreinte environnementale, c’est ce que m’aura appris ce stage.